Wonder Wheel - Dernier Jour (Ana Carina) paulobo.com
            
Wonder Wheel - Dernier Jour (Ana Carina)
C’est le dernier jour de la foire. Déjà j’ai le regret du bruit, des couleurs et des odeurs. Adieu l’effervescence, adieu la fureur, adieu la foule. Adieu les amis. Déjà j’ai le regret de la vie croquée à pleine dents, de la mort chassée comme une malpropre, de l’été flamboyant qui n'en finit pas de se rallumer. Déjà je pense que les heures sont cruelles, que les pas sont menus, que les récits sont inachevés.
Déjà j'envisage de nouveaux départs, de nouveaux rivages, de nouveaux ombrages. Mais en attendant, je voudrais vous dire mon songe futile d'une journée déclinante.
Il y avait une fille aux cheveux bleus, irréelle et spectrale, traversant la kermesse, observant placidement les gens et les réjouissances. Elle sortait je ne sais d’où, je ne savais pas son nom, ses raisons, son parcours. Je ne savais rien d'elle.
Je la suivais, fasciné. Elle errait à travers le dédale enchanté, le bûcher des vanités, les jeux et les manèges. Radieuse, éclatante, puis l’instant d’après, la voilà qui devenait sombre comme la nuit, opaque. Elle portait une sorte de masque polymorphe qui changeait au gré des lumières et des regards qu’on posait sur elle. Elle était l’image, le conte, la phrase que j’écrivais sur la feuille de cahier. Séductrice et gracieuse, inexplicable, elle jouait à faire semblant, à me fuir, à me narguer, la belle dame sans merci, érigée sur un piédestal, l’incarnation de la beauté. « Her hair was long, her foot was light, and her eyes were wild ».
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